Sarah Singla: « La seule chose constante dans tout ce que nous faisons, c’est le changement »

Sarah Singla

Agricultrice en Aveyron, membre du réseau Nuffield France et co-fondatrice de l’association Clé de Sol, Sarah Singla s’intéresse depuis de nombreuses années à la fertilité des sols et au semis direct sous couvert végétal. Passionnée et dynamique, elle œuvre pour replacer la dimension humaine de l’agriculture au cœur de son métier. Dernière interview de notre série sur les ateliers agroécologiques d’Innovagri-Toulouse, elle y parlera d’innovation en agriculture.

 

Camille Atlani: Sarah Singla, vous allez nous parler d’innovation à Innovagri-Toulouse. Comment définissez-vous cette innovation?

Sarah Singla: L’innovation peut être vue sous différentes formes, généralement il s’agit de quelque chose de nouveau, qui est souvent en rupture avec ce que l’on faisait jusqu’alors. Mais il ne faut pas avoir peur de l’innovation c’est un moyen de progresser et n’oublions pas non plus que la seule chose qui soit constante dans tout ce que nous faisons, c’est le changement. En fait, on trouve des moyens nouveaux pour répondre à de mêmes besoins. Par exemple, avant nous téléphonions avec des téléphones fixes et désormais nous utilisons des téléphones portables – nous continuons de téléphoner mais nous le faisons différemment. L’innovation c’est un peu cela : si vous prenez l’exemple du semis direct sous couvert végétal, la rupture vient du fait qu’il y a abandon du travail du sol par des outils métalliques mais on continue de faire pousser des cultures. Quand on parle d’innovation, c’est généralement positif car on progresse et il n’y a progrès et innovation que lorsque l’on améliore quelque chose dans le système, que ce soit d’un point de vue économique, environnemental ou social. Continuer la lecture de Sarah Singla: « La seule chose constante dans tout ce que nous faisons, c’est le changement »

Fabien Liagre: « L’agroforesterie peut être adaptée à tous les systèmes de production »

Fabien Liagre 2

Fabien Liagre débute son expérience en agroforesterie d’abord à l’étranger, avec le CIRAD, puis à l’INRA de Montpellier. Une envie de travailler d’avantage sur le terrain le pousse a créer, en 2000, la société AGROOF. Aujourd’hui devenue Société Coopérative de Production (SCOP), AGROOF étudie la gestion et la faisabilité de projets agroforestiers avec, toujours, ce lien entre recherche et terrain. Fabien a par ailleurs cofondé l’Association Française d’Agroforesterie en 2007 afin, notamment, de permettre une meilleure reconnaissance de l’agroforesterie dans les règlementations. Il participe enfin à BASE (section Agroforesterie) en tant que membre administrateur, pour réfléchir à la complémentarité possible entre agroforesterie et agriculture de conservation.

 

Camille Atlani: À quels problèmes l’agroforesterie répond-elle et à qui s’adresse-t-elle?

Fabien Liagre: L’agroforesterie répond à plusieurs enjeux touchant de plus en plus les systèmes actuels : l’érosion des sols, mais aussi de la biodiversité, avec une diminution des auxiliaires de cultures et, à l’inverse, des problèmes d’invasion de ravageurs lié à l’évolution des populations qui s’adaptent aux produits de traitements. Certains enjeux concernent aussi non seulement les agriculteurs, mais aussi les partenaires du monde rural, comme les agences de l’eau. La présence de nitrate ou de pesticides dans les eaux de ruissellement, par exemple, peut amener un surcoût pour l’agriculteur ou des règlementations pouvant être contraignantes. Il y a par ailleurs l’enjeu du changement climatique, avec notamment un phénomène de stagnation des rendements observé depuis une quinzaine d’années à cause de fortes températures au printemps ; ou encore des sècheresses qui vont impacter fortement les céréaliers ou les éleveurs en jouant sur les cours. Nous cherchons donc à voir comment les systèmes agroforestiers permettent de répondre à ce type de problématiques.

L’agroforesterie s’adresse à tous, que l’on soit en conventionnel, en bio ou en agriculture de conservation – quel que soit notre système – elle a son intérêt. Il ne s’agit pas d’un projet unique appliqué tel quel ; le projet agroforestier est toujours adapté en fonction de chaque système de production. Continuer la lecture de Fabien Liagre: « L’agroforesterie peut être adaptée à tous les systèmes de production »

Sylvain Hypolite: « Remettre le « capital-sol » au centre du système de production »

hypolite

Ingénieur conseil chez Agro d’Oc, Union des CETA d’Oc, Sylvain Hypolite est un fervent défenseur des « sols vivants ». Il anime, avec ses collaborateurs, un projet CASDAR pour concevoir et mettre en œuvre des systèmes agroécologiques en grandes cultures en s’appuyant sur les CETA (Centre d’Étude des Techniques Agricoles). La clé de ce projet est le déploiement de l’agriculture de conservation au travers ses trois piliers: couverture permanente des sols, allongement et diversification des rotations et diminution du travail du sol. À Innov-agri Toulouse, il montrera l’intérêt d’intégrer des légumineuses dans les systèmes d’agriculture de conservation en présentant les stratégies mises en place dans le Sud-Ouest.

 

Camille Atlani: Quels bénéfices agronomiques la réintroduction de légumineuses en inter-culture ou dans les rotations apporte-t-elle en agriculture de conservation?

Sylvain Hypolite: Les deux types de sols présents dans le Sud-Ouest – des coteaux argilo-calcaires parfois dégradés par l’érosion aratoire et hydrique, ainsi que des limons sableux assez fragiles – ont tous deux perdu beaucoup de matière organique et donc de fertilité. Ce contexte impose, avant toute chose, de redonner une santé à nos sols. Le principe essentiel en agriculture de conservation est justement de remettre le « capital-sol » au centre du système de production. Cela implique d’une part d’en préserver sa structure et, d’autre part, d’y réinjecter de la matière organique. Pour ce deuxième élément, il faut prendre en compte l’aspect carbone – continuer à faire des cultures à haut rendement pour avoir un retour suffisant de paille au sol – ainsi que l’aspect azote (et il en faut beaucoup).

Pour donner un exemple assez standard sur des coteaux argileux peu dégradés, un sol avec 2% de matière organique et en considérant 4 000 tonnes de terre arable à l’hectare, on a 80 tonnes d’humus, donc 80 tonnes de matière organique à l’hectare. Pour restaurer le stock en passant à 2,2% de matière organique, il faudra atteindre 88 tonnes d’humus. Au vue de l’azote contenu dans cet humus, cela signifie qu’il faudra passer de 4 000 kg à 4 400 kg d’azote organique à l’hectare. Nous devrons donc « injecter » dans le système 400 kg d’azote/ha – c’est ce que Frédéric Thomas appelle le « Plan Epargne Azote » et je trouve l’image assez bonne car il s’agit vraiment de capitaliser l’azote. Continuer la lecture de Sylvain Hypolite: « Remettre le « capital-sol » au centre du système de production »

François Hirissou: « De conseillers agricoles venus d’en haut, nous devenons passeurs de connaissance »

 

François Hirissou

Conseiller en agronomie à la Chambre d’Agriculture de Dordogne, François Hirissou suit et accompagne des groupes d’agriculteurs dans une zone classée sensible. Depuis 2008 il anime avec ces agriculteurs un programme d’action sur les systèmes agricoles innovants, axé sur la co-construction plutôt que sur l’expertise du conseiller. Cette démarche a révolutionné sa manière de concevoir l’accompagnement et a permis aux agriculteurs impliqués de reprendre goût pour leur métier. Entretien.

Camille Atlani: Entre 2008 et 2012, vous avez animé le programme d’action de la Chambre d’Agriculture de Dordogne sur les systèmes agricoles innovants, réunissant une vingtaine d’agriculteurs en Périgord Noir.En quoi ce programme consistait-il et quels étaient ses objectifs? 

François Hirissou: Pour situer un peu le contexte de la région, l’agriculture du Périgord Noir est très diversifiée, structurée en exploitations de petite ou moyenne surfaces qui ont une longue habitude de lutter contre les difficultés de l’agriculture. N’ayant pas les structures importantes des autres régions de France, ces exploitations ont dû s’adapter en permanence à l’évolution des choses. C’est une donnée de départ importante: afin de s’en sortir, les agriculteurs du Périgord Noir ont su, au travers du temps, réagir à la difficulté ambiante en innovant et en partant sur des voies peu explorées ailleurs. Une seconde donnée de départ importante est que nous sommes en zone vulnérable au nitrate. Ceci représente une contrainte majeure car les coûts de mise aux normes, pour de petits élevages et une petite agriculture, sont très élevés. Ainsi les pratiques demandées, telles que la couverture des sols en période de lessivage de nitrates ou la mise aux normes de la capacitéde stockage des effluents organiques, étaient vécues comme très contraignantes par les agriculteurs qui n’en voyaient que les aspects négatifs.

 

Dans ce contexte, l’élément déclencheur de notre action a été une proposition faite à l’Agence de l’Eau de participer financièrement à un programme d’action qui permettrait de répondre à la problématique de qualité des eaux par une approche globale. Nous pensions que mettre la reconquête du sol Continuer la lecture de François Hirissou: « De conseillers agricoles venus d’en haut, nous devenons passeurs de connaissance »

Françoise Néron: « L’agroécologie invite à travailler avec, et non plus contre, la nature »

Françoise-Neron

Première interview de notre série sur les Ateliers Agroécologiques d’INNOV-AGRI Toulouse, Françoise Néron introduit l’événement en présentant sa définition de l’agroécologie. Professeure en lycée agricole puis école d’ingénieur depuis plus de trente ans, elle proposera en septembre un parcours pédagogique dans les méandres des stands présentant un intérêt pour la pratique agroécologique.

Camille Atlani: Françoise Néron, vous enseignez depuis plus de trente ans en lycée agricole puis en école d’ingénieur. Pour vous, qu’est-ce que l’agroécologie ?

Françoise Néron: L’agroécologie est un domaine qui s’est mis progressivement et naturellement en place, mais qui ne s’est réellement imposé en France qu’assez récemment. Nous pourrions situer ses débuts en 1985, lorsque l’Union Européenne – à l’époque encore la CEE – a publié le Livre Vert qui était l’une des premières ébauches de réflexion sur ce qui deviendra l’agroécologie. Par la suite, les aspects règlementaires et techniques se sont entremêlés et ont progressé parallèlement, pas toujours au même rythme.

A la fin des années 70, lorsque j’ai fait mes études agricoles, le discours des enseignants et des professionnels était résolument tourné vers la productivité à tout prix. La hantise des pénuries alimentaires héritée de la guerre et la fascination pour le progrès (chimique, génétique, etc.) poussaient vers toujours plus de production. René Dumont était un agronome-écologiste atypique considéré comme un joyeux hurluberlu. La construction du Livre Vert a donné du sérieux et de la légitimité aux préoccupations environnementales et m’a ouvert les yeux sur une nouvelle dimension à intégrer dans l’agriculture : l’écologie. Progressivement des choses se sont mises en place, des liens se sont faits et la notion d’agroécologie a tout naturellement émergé et s’est professionnalisée. Tout s’est accéléré à partir des années 2000 et le terme « agroécologie », Continuer la lecture de Françoise Néron: « L’agroécologie invite à travailler avec, et non plus contre, la nature »

Matthieu Archambeaud: « L’agroécologie est fondée sur des principes, non des recettes »

Matthieu Archambeaud

Matthieu Archambeaud est un diffuseur de connaissance: partant d’un intérêt premier pour l’agriculture, l’alimentation, le sol, le terroir, il se passionne pour tous les métiers lui permettant de diffuser la connaissance, la technique et la réflexion. Spécialiste des agricultures dites alternatives, il fait des formations et anime depuis 2007 le site www.agriculture-de-conservation.com. Contributeur permanent de la revue TCS, il est aussi co-auteur, avec Frédéric Thomas, du livre Les Couverts Végétaux. Gestion Pratique de l’Interculture publié aux Editions France Agricole.

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Denis Le Chatelier: « Le concept d’agroécologie s’applique à toutes les agricultures »

©Camille Atlani
©Camille Atlani
Denis Le Chatelier est directeur de collection dans les domaines du végétal et du machinisme agricole aux Editions France Agricole – la maison d’édition associée au magazine du même nom. Ingénieur agricole, auteur, journaliste agricole pendant près de douze ans puis consultant en communication… Voilà cinq ans qu’il œuvre pour que les séries qu’il dirige au sein de la collection Agriproduction soient au diapason des évolutions récentes de l’agriculture, notamment en matière d’agroécologie.

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Retour sur le Symposium International sur l’Agroécologie de la FAO

©Xavier Remongin / Min.agri.fr
©Xavier Remongin / Min.agri.fr

La semaine dernière s’est tenu à Rome le premier Symposium International sur l’Agroécologie organisé par la FAO (18-19 septembre). Cette rencontre a réuni plus de 350 participants du monde entier (politiques, chercheurs, ONG, agriculteurs, etc.) et avait pour objectif de faire le point sur les connaissances en agroécologie, tant sur le plan scientifique que par des retours d’expérience (voir le programme). La France, co-organisatrice de l’événement, s’est posée comme pionnière dans l’application de l’agroécologie à une politique agricole nationale. L’objectif affiché de Stéphane Le Foll était de promouvoir l’agroécologie comme une alternative crédible pour engager l’agriculture vers plus de durabilité et d’inviter les autres pays à s’impliquer dans cette voie.

Deux visions de l’agroécologie ont nettement émergé lors de cet événement – deux visions bien représentées par un appel et une tribune, publiés à quelques jours d’intervalle: « L’agroécologie ne peut être que paysanne« , appel signé entre autres par la Confédération Paysanne, la FADEAR 1Fédération Associative pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural, Attac et les Amis de la Terre; et « Agroécologie: l’agriculture autrement« , tribune du ministre de l’agriculture dans le Huffington Post.

Le second jour du Symposium, alors que Pablo Tittonell (Université de Wageningen) et Stephen Gliessman (Université de Californie) étaient à la tribune, le débat avec la salle s’est clairement orienté autour de cette question. Continuer la lecture de Retour sur le Symposium International sur l’Agroécologie de la FAO

Notes   [ + ]

1. Fédération Associative pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural